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Léger réveil de la conservation des sols agricoles

Le 14 avril 2010:

Six indices que les sols agricoles prennent un nouveau statut dans les progrès environnementaux

Tom Goddard
Tom Goddard

Ils ont toujours eu un peu l'allure de Rodney Dangerfield, ce comédien qui a eu une longue carrière sans jamais obtenir de respect. Les sols, comme vous le diront bon nombre de membres du secteur, n'ont simplement jamais reçu le respect qu'ils méritent.

Au Canada, les agriculteurs se tournent vers les systèmes où les sols sont peu labourés et vers la gestion de conservation qui protège le sol contre l'érosion par le vent et l'eau. Alors qu'une nouvelle Semaine nationale de la conservation des sols se déroulera du 18 au 24 avril 2010, certains signes montrent que les efforts rapportent des dividendes, dans un sens plus large, car les sols montent graduellement dans l'intérêt du public.

Les indicateurs se retrouvent dans les subtilités de la langue utilisée pour en discuter et dans un regain d'intérêt pour l'origine des aliments, déclare le vétéran de la conservation des sols, Tom Goddard, de l'Alberta Agriculture and Rural Development. Il a consacré une partie de sa vie à la science des sols, à la vulgarisation et, plus récemment, à la politique et aujourd'hui, il est actif sur la scène internationale.

« Auparavant, nous parlions de conservation des sols, déclare Goddard. Aujourd'hui, nous parlons de qualité des sols et de services écosystémiques. Il s'agit de concepts plus difficiles, plus inclusifs et plus expansifs. » À son avis, ce sont là des signes d'une nouvelle connaissance et d'un léger réveil de l'intérêt pour la façon dont les sols agricoles touchent l'environnement et la population en général.

Nouvel intérêt pour la complexité des sols

Les sols sont des systèmes complexes qui suscitent un plus grand intérêt. Non seulement ils assurent un approvisionnement en aliments et en fibres, mais ils servent aussi d'habitat, de bassins génétiques et de filtres, de conteneurs de stockage et de fournisseurs d'éléments nutritifs.

Les sols retiennent et recyclent les éléments nutritifs de matériaux parentaux et de matières biologiques comme les végétaux, les animaux et les insectes. Ils peuvent aussi retenir des éléments nutritifs « importés », certains intentionnellement comme le fumier et les engrais, d'autres, par accident, comme les hydrocarbures déversés ou les contaminants.

« Les sols peuvent dégrader ou métaboliser bon nombre de ces polluants et les transformer en des substances moins dangereuses ou en des éléments nutritifs utiles, indique t il. Plus nous prenons soin des sols pour les garder dans un très bon état, plus ils peuvent nous rendre de services. »

Tom Goddard
Tom Goddard

Gestion particulière au site.

L'une des percées les plus sensationnelles de la gestion des sols réside dans la gestion particulière au site (GPS), une convergence de nouvelles technologies en science agronomique, qui tient compte des différences entre les sols et qui en tire le meilleur parti.

À titre d'exemple, la gestion particulière au site recourt aux plus récents systèmes de positionnement global (GPS) et aux technologies informatiques les plus perfectionnées, comme les écrans tactiles, qui permettent aux agriculteurs de mesurer les rendements des cultures toutes les fois qu'une moissonneuse batteuse se déplace dans un champ. Les technologies de la gestion particulière au site peuvent varier les taux d'épandage d'engrais pour appliquer la quantité optimale correspondant aux sols particuliers sur lesquels l'équipement se déplace ou encore fermer automatiquement les pulvériseurs près de régions sensibles comme les terres humides.

« Le contrôle est phénoménal, indique Goddard. Ces systèmes de gestion rappellent ceux du contrôle de mission et, sur le plan environnemental, sont aussi puissants. »

Nouvelles possibilités de commercialisation fondées sur les sols

Ces systèmes perfectionnés de suivi par la gestion particulière au site font naître de nouvelles possibilités de commercialisation, déclare Goddard. Aujourd'hui, les agriculteurs disposent d'un plus grand nombre d'options en matière de culture, d'élevage et de production dont certaines peuvent cibler des créneaux commerciaux particuliers. Cependant, pour certifier qu'une denrée est produite d'une certaine façon ou vient d'une région particulière, il faut des systèmes de collecte de données et de retraçage.

« En Europe, le vin et le fromage sont associés à des régions et à certaines pratiques, et nous commençons à constater le même phénomène avec d'autres denrées, déclare t il. L'Argentine envisage la certification de produits agricoles obtenus avec des méthodes « d'agriculture écologique ». Les agriculteurs doivent utiliser l'agriculture sans labours ou les semis directs ainsi que d'autres méthodes. »

Regain de valeur de la biodiversité

En jardinant, les gens réalisent qu'ils laissent des résidus sur la surface du sol, qui augmentent le nombre d'insectes et d'autres organismes. On commence à reconnaître le rôle des systèmes de labour limité, utilisés aujourd'hui par l'agriculture canadienne, dans l'augmentation de la biodiversité.

En plus du fait que les résidus des systèmes de labour limité réduisent l'érosion et les pertes d'éléments nutritifs, les insectes présents à la surface attirent d'autres membres de la chaîne alimentaire qui s'en nourrissent. Certains chercheurs ont observé l'incidence des oiseaux chanteurs, des vers de terre et des insectes à la surface et ont pu prouver que la biodiversité est plus élevée dans les systèmes à faible labour du sol que dans les systèmes de labours conventionnels.

Possibilité de séquestration de carbone

Le monde reconnaît les sols comme des banques de carbone biologique, dit Goddard. Les plus récentes pratiques de semis directs peuvent contribuer à stocker le carbone, élément essentiel de la matière organique, dans le sol.

L'agriculture a développé des protocoles visant les activités qui peuvent réduire les émissions et séquestrer ou stocker le carbone. Le marché du carbone témoigne du fait que les sols assurent des services écosystémiques pour le plus grand bien du public. Certains pays reconnaissent des avantages publics additionnels comme la filtration des éléments nutritifs, la régulation de l'eau et la biodiversité et procèdent à des investissements pour améliorer ces services.

Valeur patrimoniale des sols de qualité

Les sols du Canada, comme les sols noirs de prairies de l'Ouest du Canada, sont reconnus dans le monde entier comme possédant une véritable valeur patrimoniale, car ce sont des sols de grande qualité, très productifs et sans entraves à la culture. Leurs prairies d'origine les ont rendus riches en matière organique, et le climat froid les a empêchés de s'oxyder rapidement.

Les agriculteurs du Canada augmentent leur propre valeur patrimoniale. C'est un fait de plus en plus reconnu que les terres agricoles dont on a bien pris soin ont, au moment de la vente, une valeur sensiblement plus élevée que celles qui n'ont pas été bien gérées. Cette situation apporte des avantages directs aux producteurs et incite à adopter de bonnes pratiques de gestion.

« On constate un intérêt renouvelé à penser au paysage naturel en termes de patrimoine, déclare Goddard. Les sols sont les fondements de la durabilité, des aliments sains et d'un environnement propre, aussi est il naturel qu'ils soient considérés de la même façon. »