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Gaz à effet de serre : Prendre en charge la gestion des sols et des éléments nutritifs

Un nouveau programme d'atténuation des gaz à effet de serre grâce à de meilleures pratiques de gestion des sols et des éléments nutritifs pour assurer une économie rentable et un environnement durable

Le Canada a la chance de compter l'agriculture parmi ses industries les plus importantes, et les Canadiens sont fiers de leurs produits alimentaires, dont certains sont considérés comme les meilleurs au monde. Devant le grand nombre de personnes engagées dans le secteur agricole de notre pays, on ne doit pas s'étonner de l'immense intérêt pour la protection de la rentabilité de la ferme agricole familiale.

Mais une préoccupation grandissante quant aux répercussions environnementales de l'agriculture sur les terres a pour effet d'exercer une pression sur les producteurs et les consommateurs, lesquels visent à comprendre le rôle joué par l'agriculture dans les changements climatiques et les gaz à effet de serre.

« Depuis quelques années, on peut difficilement nier qu'il se produira d'autres sécheresses et d'autres phénomènes climatiques qui auront des répercussions importantes sur nos terres, déclare Doug McKell, directeur général du Conseil canadien de conservation des sols (CCCS). Les producteurs ont désormais pris acte de l'importance du développement durable, et ils veulent apprendre de nouvelles faÁons de composer avec cette réalité, y compris les changements climatiques. »

Un nouveau programme d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, le Programme d'atténuation des gaz à effet de serre (PAGES) pour le secteur agricole canadien, s'attaque aux émissions de gaz à effet de serre tout en assurant le maintien d'un environnement agricole durable.

Les producteurs canadiens acceptent cette nécessité d'innover et demandent instamment à prendre part à des programmes qui tout en étant avantageux du point de vue agricole et économique permettront de faire face aux changements climatiques. Selon Doug McKell, de nombreux producteurs ont déjà adopté de nouvelles agricoles pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais il ajoute que les producteurs agricoles, comme tous les Canadiens, doivent se préparer à affronter les changements climatiques.

Alors que l'objectif global du programme est de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, McKell estime que la solution au problème réside dans l'intérêt suscité par la démonstration de pratiques de gestion exemplaires des sols et des éléments nutritifs.

« Du point de vue agronomique et économique, nous voulons démontrer que les pratiques de gestion exemplaires qui ont pour effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre sont avantageuses pour les producteurs, déclare McKell. L'argument économique est le meilleur argument que nous puissions présenter aux agriculteurs qui envisagent d'adopter ces pratiques de gestion. »

Ce point de vue est partagé par son homologue dans l'est du Canada, M. Jérôme Damboise, du Centre de conservation des sols et de l'eau de l'Est du Canada, selon lequel « il peut être difficile de convaincre les producteurs de l'importance de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais lorsque vous pouvez faire un lien entre la réduction des émissions et d'autres objectifs, tels l'amélioration de l'efficacité de production et les avantages économiques, les producteurs sont plus disposés à changer leurs modes opérationnels. »

Les gaz à effet de serre et l'agriculture

L'un des défis à relever en ce qui concerne les gaz à effet de serre consiste à en expliquer les enjeux.

Les gaz à effet de serre captent une partie de l'énergie solaire dans l'atmosphère terrestre, permettant l'existence d'un climat chaud favorable à la vie. Mais les gaz à effet de serre se sont accumulés dans l'atmosphère, et certains chercheurs en sont venus à croire qu'il se produit un changement climatique global, et que ce changement est attribuable à l'activité humaine. C'est ce qu'on appelle « l'effet de serre ». L'augmentation du dioxyde de carbone, du méthane, de l'oxyde nitreux et des hydrocarbures halogénés, comme ceux que l'on trouve dans les appareils de réfrigération, est partie intégrante de ce processus de réchauffement.

La contribution de l'agriculture à l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre au Canada est faible, elle ne représente que huit pour cent de toutes les émissions. Le secteur de l'énergie est responsable de 81 pour cent de toutes les émissions de gaz à effet de serre.

Les émissions de l'activité agricole proviennent de deux sources principales : le méthane, libéré par le bétail, et l'oxyde nitreux, libéré par les engrais. Le défi, pour les producteurs, consiste à maintenir une exploitation agricole rentable tout en apportant des changements à leurs modes d'exploitation.

Un programme pour les producteurs

Le PAGES est programme fédéral quinquennal de 21 millions de dollars mis sur pied par Agriculture et Agroalimentaire Canada. Le programme finance des projets de démonstration dans tout le pays afin de sensibiliser les producteurs aux pratiques de gestion bénéfiques et à la réduction des émissions des gaz à effet de serre.

Le CCCS administre un fonds de 8,8 millions de dollars pour des projets de gestion des sols et des éléments nutritifs. Par le biais du réseau de groupes de conservation des sols des provinces, les fonds sont affectés à des projets soumis par les provinces. En vertu de cette approche de « prise en chargeª, chaque province est en mesure de déterminer les enjeux les plus importants pour ses producteurs ainsi que la manière dont elle entend s'y attaquer.

« Cette approche est la composante décisive de notre programme », selon Doug McKell. « Nous avons pu constituer un réseau très efficace de groupes de producteurs décidés à s'attaquer aux enjeux que représentent les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole ».

Alors que McKell supervise les projets dans l'Ontario et l'ouest du Canada, Damboise collabore étroitement avec des coordonnateurs du Québec et du Canada atlantique. Les deux sont là pour faciliter la réalisation des projets des organisations provinciales. Damboise est d'avis que la structure du programme assure une participation active des intéressés et est garante du succès.

« Ce programme est essentiellement exécuté par les producteurs pour les producteurs », déclare Damboise. « Il est plus facile de convaincre un producteur du bien-fondé d'une pratique quand le message vient d'un autre producteur que d'un tiers ».

Ces organisations provinciales de la conservation des sols ont formé des équipes de « responsabilisation » dont les membres sont pour la plupart des producteurs, mais qui réunissent aussi des chercheurs, des responsables gouvernementaux et des représentants de l'industrie. Au sein de chaque équipe un coordonnateur sur le terrain agit à titre d'administrateur des projets provinciaux. Selon McKell, la première année du programme, 2003, a été un succès, parce que l'organisation s'est faite rapidement et que les projets ont pu être mis en œuvre sans délai.

Réalisation des objectifs

Chaque province œuvre de faÁon autonome à la démonstration des pratiques dans son secteur. Le PAGES définit des objectifs généraux pour la gestion des sols et des éléments nutritifs. Les pratiques de gestion exemplaires ont été définies par le Comité consultatif de l'atténuation en collaboration avec des groupes de producteurs de tout le pays.

Les projets du PAGES encouragent des pratiques telles le semis direct, le travail rèduit ou minimal du sol, la réduction des jachères et l'introduction de plantes fourragères vivaces sur les terres marginales. Pour ce qui est des éléments nutritifs, les pratiques exemplaires concernent l'utilisation plus efficace des engrais chimiques et des fumiers tout en prévenant l'infiltration d'éléments nutritifs dans les systèmes aquatiques et en réduisant les émanations d'oxyde nitreux provenant des engrais.

Il incombe à chaque province, dans le contexte de ces pratiques générales, de mettre sur pied les projets importants qui répondent aux besoins de ses producteurs.

« Les sols et le climat varient grandement d'un bout à l'autre du pays. Il importe de répondre aux besoins des producteurs en tenant compte de leur réalité géographique », déclare Damboise. « Les questions cruciales pour le Canada atlantique sont très différentes de celles des producteurs des Prairies ».

Les projets régionaux dans le cadre du PAGES comprennent le travail réduit du sol dans le Canada atlantique et la séquestration du carbone dans les Prairies. Alors que le travail réduit du sol dans le Canada atlantique n'aura pas autant de répercussions en raison de la plus faible étendu du territoire, selon Damboise, il est quand même important pour prévenir l'érosion des sols et atténuer les émissions de gaz à effet de serre.

La gestion des émissions d'azote sera au cœur des projets dans plusieurs parties du pays. La gestion du fumier est une question importante en Ontario et au Québec, et ces deux provinces continueront d'y consacrer leurs efforts. Dans le sud de la Colombie-Britannique, on élaborera aussi des projets de démonstration de la gestion des fumiers, ainsi que des projets de plantation brise-vent.

Par le biais du réseau des groupes de gestion provinciaux des sols et des éléments nutritifs, les gens connaÓtront mieux les avantages de l'adoption de ces pratiques de conservation. Les producteurs de tout le pays tireront parti de chaque projet grâce à leur participation à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

- Instantané - pour les producteurs

Programme d'atténuation des gaz à effet de serre pour le secteur agricole canadien

Programme. Programme fédéral conÁu pour sensibiliser les producteurs aux pratiques de gestion du bétail, des sols et des éléments nutritifs qui réduisent ou éliminent les gaz à effet de serre et les inciter à adopter ces pratiques.

Partenaires. Financement accordé à des groupes de l'industrie agricole de différents secteurs pour l'exécution du programme. Le Conseil canadien de conservation des sols gère la partie du programme qui traite de la gestion des sols et des éléments nutritifs. La Canadian Cattlemen's Association administre la partie des fonds qui concerne le bétail et alloue les fonds destinés au secteur bovin. Le Conseil canadien du porc effectue les démonstrations pour le secteur porcin. Les Producteurs Laitiers du Canada allouent les fonds destinés au secteur laitiers.

Activité. Il revient au partenaire ou aux organisations de faire la démonstration des pratiques de gestion efficaces et d'organiser des activités de communication telles les ateliers, les séances d'information, les communiqués et les kiosques des foires agricoles.

À voir. Démonstration de projets destinés à améliorer le bilan des producteurs et de l'industrie. Exemples : pour la gestion des éléments nutritifs des sols, des stratégies de séquestration du carbone afin de stimuler la qualité et le rendement des sols tout en réduisant les émissions d'oxyde nitreux; pour le bétail, tests des aliments et stratégies de formulation des rations de manière à stimuler l'efficacité des aliments et à réduire les émissions de méthane, stratégies de pâturage destinées à améliorer la qualité et quantité de fourrages disponible pour le bétail. Surveiller les sites de démonstration partout au pays. Visiter les sites Web des partenaires pour obtenir l'information la plus récente et connaÓtre les personnes-ressources.