GHGMP Feature Articles

La valeur du fumier repose sur de bonnes pratiques de gestion

Une meilleure image du fumier émerge peu à peu

Décrire le fumier, ce produit sans prestige, comme un précieux élément nutritif du sol, semble relever de l'exagération pure et simple. Les recherches démontrent que ce produit longtemps considéré comme un « déchet » peut en réalité jouer un rôle important dans l'adoption de pratiques agricoles viables, et ce, sans compromettre la qualité du sol, de l'air ou de l'eau.

Selon les spécialistes en fertilité des sols, une bonne gestion est essentielle afin de récupérer la valeur du fumier sans que cela nuise à l'environnement. L'épandage de quantités appropriées et une incorporation rapide dans le sol auront pour effet d'atténuer les conséquences négatives associées à toutes les formes de fumier de bétail.

Une mauvaise manutention du fumier peut avoir des incidences néfastes sur le plan social ou environnemental : de fortes odeurs, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et le lessivage d'éléments nutritifs dans l'eau souterraine.

« Dans un programme de fertilité, le fumier est un élément important », soutient le Dr. Ross McKenzie, chercheur chevronné et spécialiste en fertilité des sols et en fertilisation des cultures auprès du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et du Développement rural de l'Alberta, à Lethbridge. « Les producteurs doivent d'abord connaître le type d'éléments nutritifs qu'ils ont à leur disposition afin d'en tenir compte dans leur programme de fertilité des sols. L'analyse des sols et du fumier, en plus de permettre de déterminer les niveaux d'éléments nutritifs, est essentielle à l'élaboration d'un plan valable de gestion du fumier ».

Les coûts d'une mauvaise gestion

Bien qu'au Canada le climat diffère d'une région à l'autre, les questions de manutention du fumier ont une portée nationale. Peu importe la région ou la zone climatique dans laquelle ils se trouvent, les producteurs favorisent les meilleures méthodes de gestion qui soient, afin de tirer profit des éléments nutritifs du fumier et des avantages que ce dernier peut offrir sur le plan de l'amélioration du sol, tout en réduisant au minimum l'incidence sur l'environnement.

Le fumier est utile, mais s'il n'est pas bien géré, il peut avoir une grave incidence sur l'environnement. Entreposé, sous forme liquide ou sèche, il peut contribuer aux émissions de gaz à effet de serre par le rejet de méthane, de dioxyde de carbone et d'ammoniac dans l'atmosphère. Le méthane et le dioxyde de carbone sont produits durant la décomposition, au moment où les acides organiques se dégradent.

L'épandage de fumier dans un terrain sans l'incorporer au sol peut rapidement donner lieu à un phénomène connu sous le nom de volatilisation. Lorsqu'il est exposé au soleil, à des températures élevées, l'azote contenu dans le fumier se transforme en gaz ammoniacal et est rejeté dans l'atmosphère.

« Non seulement le fumier dégage de fortes odeurs, mais il y a également perte d'azote », souligne le Dr. McKenzie. « Le fumier épandu dans un champ, sans y être incorporé, perd rapidement sa valeur en azote. Selon les conditions météorologiques, entre 20 et 30 p.100 de l'azote peut être perdu dans les premiers jours suivant l'épandage. Les pertes sont plus grandes lorsque les conditions météorologiques sont chaudes et sèches plutôt que fraîches et humides ».

La volatilisation de l'ammoniac n'est cependant pas spécifique au fumier. De nombreux engrais azotés épandus en surface ou à la volée sans être incorporés peuvent se volatiliser si les conditions sont favorables. L'ammoniac en tant que tel n'est pas un gaz à effet de serre, mais il peut contribuer aux émissions de gaz à effet de serre. Après avoir été rejeté dans l'atmosphère, l'ammoniac reviendra sur terre, s'ajoutant à la quantité d'azote déjà présente dans le sol et dans l'eau. Dans des conditions appropriées, l'azote peut se transformer en oxyde nitreux, un gaz à effet de serre nocif.

Il est recommandé d'incorporer le fumier dans le sol dans les 24 heures suivant l'épandage afin de minimiser les pertes d'azote. Pour ce faire, si le fumier de bétail épandu est sec, il est important de travailler le sol après l'épandage. Pour ce qui est du fumier liquide, il est possible d'utiliser un système de couteau ou d'injection afin d'enfouir le fumier dans la terre au moment de l'épandage.

La quantité de fumier que l'on épand est importante

Une grande quantité de fumier est nécessaire pour obtenir la même valeur en éléments nutritifs que celle contenue dans les engrais chimiques ou commerciaux. Bien que les niveaux d'éléments nutritifs varient, plusieurs milliers de gallons de lisier de porc et plusieurs tonnes de fumier de bovins sont nécessaires par acre pour obtenir la même quantité d'éléments nutritifs que celle qu'on retrouve dans quelques livres d'engrais commercial.

Il existe un risque réel associé à l'épandage d'une quantité de fumier plus grande que ce dont les plantes cultivées ont besoin, et ce, pour deux raisons. D'une part, les niveaux d'éléments nutritifs présents dans le fumier peuvent varier considérablement, rendant difficile l'estimation de la valeur en éléments nutritifs. D'autre part, étant donné que le fumier brut contient un pourcentage élevé d'eau, il est coûteux de le transporter. Par conséquent, de nombreux producteurs épandent de grandes quantités de fumier à proximité du lieu d'entreposage.

Même si le fumier est incorporé dans le sol, le risque de lessivage d'éléments nutritifs dans l'eau souterraine est plus élevé lorsque de grandes quantités sont épandues. De plus, dans des conditions humides, un phénomène connu sous le nom de dénitrification se produit, c'est-à-dire que l'azote est converti en gaz, dont l'oxyde nitreux.

« Des épandages annuels répétés de fumier, qui dépassent considérablement les exigences des plantes en éléments nutritifs, donnent lieu à une accumulation excessive de nitrate dans le sol ainsi qu'à un rejet de gaz dans l'atmosphère provoqué par la dénitrification », déclare le Dr. Jeff Schoneau, chercheur et spécialiste en fertilité des sols au Department of Soil Science de l'University of Saskatchewan. « L'accumulation et la fuite possible d'éléments nutritifs dans l'eau souterraine ou de surface ainsi que les émissions dans l'atmosphère sont des préoccupations environnementales importantes associées à l'épandage d'une trop grande quantité de fumier ».

Bonne gestion

Les spécialistes soutiennent que les pratiques de gestion recommandées pour la manutention du fumier commencent par une analyse de la valeur des éléments nutritifs qui se trouvent dans le fumier. Pour les producteurs, l'analyse du fumier et du sol constitue le meilleur moyen de déterminer la quantité totale de fumier et/ou d'engrais chimique dont ont besoin les plantes cultivées.

« Par exemple, il peut y avoir une grande différence entre les niveaux d'éléments nutritifs que l'on retrouve dans le fumier des bovins selon l'enclos », déclare Curtis Cavers, spécialiste en gestion des terres auprès du ministère de l'Agriculture, de l'Administration et des Initiatives rurales du Manitoba, à Carman. Le type de ration fourragère, l'âge de l'animal qui produit le fumier, la saison et d'autres facteurs peuvent avoir une incidence sur les niveaux d'éléments nutritifs. « Les producteurs devront faire des prélèvements à plusieurs endroits dans un parc d'engraissement afin d'obtenir un échantillon représentatif à soumettre pour analyse », affirme-t-il.

Les producteurs doivent également savoir de quelle façon le fumier laisse échapper des éléments nutritifs dans le sol. Ce n'est pas tout l'azote contenu dans le fumier qui est accessible aux plantes cultivées pendant la première saison de croissance, souligne M. Cavers. Par exemple, en ce qui concerne le fumier solide de bovins, environ 25 p.100 de l'azote est accessible aux plantes la première année, comparativement à 100 p. 100 d'accessibilité pour le lisier de porc injecté. Le reste de l'azote se minéralise au cours des saisons de croissance suivantes. Ces renseignements aideront les producteurs à déterminer les quantités de fumier à épandre.

Le choix du moment et la méthode d'épandage du fumier sont aussi des facteurs à considérer. Dans l'Ouest canadien, par exemple, où la plus grande partie de l'azote qui se trouve dans le lisier de porc est accessible dès la première année, un épandage vers la fin de l'automne, juste avant le gel, réduira le risque de lessivage et de dénitrification du fumier. Il en est de même pour l'épandage automnal adéquat du gaz d'ammoniac. En raison de différentes conditions hivernales, ces pratiques peuvent ne pas être applicables dans l'est du Canada. Les recherches démontrent aussi que l'injection de fumier dans le sol améliore l'absorption des nutriments par les plantes cultivées, ce qui a pour effet d'accroître le rendement.