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La culture intercalaire produit des fourrages de première qualité et protège l'environnement

Les graminées à croissance rapide fournissent une couverture végétale et aide à réduire l'azote résiduel.

« Le ray-grass d'Italie semé entre les rangs de maïs au printemps permet aux agriculteurs de la vallée du Bas-Fraser d'utiliser les surplus d'azote dans le sol tout en produisant un excellent fourrage pour le bétail », affirme un chercheur d'Agriculture et Agroalimentaire Canada à Agassiz.

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« La méthode, connue sous le nom de culture intercalaire, commence à susciter l'intérêt des producteurs laitiers, indique le Dr Shabtai Bittman, spécialiste de la gestion des fourrages et des grandes cultures au Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique. Au cours de son cycle de croissance, le ray-grass d'Italie utilisera quelque 100 kilogrammes d'azote résiduel par hectare, souligne le Dr Bittman. De plus, cette culture fourragère est l'une des plus hautes qualités et elle est très prisée en Nouvelle-Zélande et en Europe. »

La culture intercalaire offre d'autres avantages pour l'environnement : elle réduit considérablement la quantité d'azote perdue par lessivage et par émission dans l'atmosphère. Le projet de recherche, coordonné par la Pacific Field Corn Association, est financé en partie par le Programme d'atténuation des gaz à effet de serre pour le secteur agricole canadien (PAGES).

Semer les fourrages avec le maïs

Le Dr Bittman explique que la technique consiste à semer une deuxième culture avec le maïs, qui, une fois le maïs récolté, continuera à pousser et absorbera l'azote résiduel. Après avoir étudié plusieurs options au cours des ans, le ray-grass d'Italie s'est avéré l'un des fourrages qui se prêtait le mieux à cette pratique.

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Le ray-grass d'Italie est semé entre les rangs de maïs à ensilage, entre le troisième et le sixième stade foliaire, d'où l'expression culture intercalaire. « À ce stade, le ray-grass ne fera pas concurrence au maïs et l'ensoleillement sera suffisant pour permettre au ray-grass d'Italie de s'établir », affirme le Dr Bittman. La croissance du ray-grass s'arrête lorsque la couverture de maïs devient dense. Mais après la récolte du maïs, fin septembre ou début octobre, le ray-grass recommence à pousser.

« Il faut habituellement compter 10 jours après la récolte du maïs pour que la croissance du ray-grass d'Italie reprenne, indique le Dr Bittman. Cependant, la croissance se poursuit jusqu'en décembre. » Le Dr Bittman estime que le ray-grass absorbe de 50 à 65 kilogrammes d'azote par hectare à l'automne. Lorsque la croissance redémarre, habituellement en février, 40 à 50 kilogrammes d'azote supplémentaires seront absorbés avant que le ray-grass soit récolté pour l'ensilage ou le fourrage vert ou qu'il soit utilisé comme pâturage.

« Le ray-grass ne peut absorber la totalité de l'azote dans le sol, mais il donne de très bons résultats, souligne le Dr Bittman. En moyenne, cette culture permet d'utiliser environ 100 kilogrammes d'azote par hectare, tandis qu'en l'absence du ray-grass, l'utilisation du surplus d'azote serait nulle. »

Préoccupations environnementales

Sandra Traichel, de l'Abbotsford Soil Conservation Association et coordonnatrice fédérale des travaux du PAGES en Colombie-Britannique, explique que l'azote résiduel suscite de grandes préoccupations environnementales en raison des pluies abondantes qui s'abattent généralement durant l'hiver sur la côte sud-ouest de la Colombie-Britannique.

L'azote résiduel peut être lessivé et s'introduire dans les eaux souterraines, souligne Mme Traichel. Dans un terrain saturé d'eau, la dénitrification peut se produire, ce qui signifie que l'azote est transformé et libéré dans l'atmosphère sous forme d'oxyde nitreux, l'un des gaz à effet de serre les plus dommageables.

Après deux années d'essais visant à comparer l'application de fumier sur un sol dénudé avec l'application de fumier sur des champs de graminées, les recherches montrent une réduction marquée de la production d'oxyde nitreux. « La croissance vigoureuse des graminées favorise réellement l'absorption de l'azote, affirme le Dr Bittman. Nous avons constaté une réduction de cinq à dix fois plus importante de la production d'oxyde nitreux dans les prairies comparativement aux sols dénudés. La différence est appréciable.

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« Afin de maximiser les avantages de la culture intercalaire, il est important d'utiliser un fourrage de grande valeur pour l'alimentation du bétail », explique le Dr Bittman. Les recherches précédentes ont démontré que le seigle d'automne peut également être utilisé comme culture intercalaire, mais il fournit un fourrage médiocre pour l'alimentation du bétail. « Les producteurs ont tendance à labourer le sol plutôt qu'à récolter le fourrage et cette pratique ne fait que retourner l'azote dans le sol, ce qui n'offre aucun avantage », ajoute-t-il.

Excellent fourrage

Le ray-grass d'Italie s'est cependant révélé un fourrage de qualité pour les bovins laitiers. Il est très appétissant et contient beaucoup de protéines. Son rendement peut atteindre de trois à cinq tonnes par hectare et il peut être utilisé comme culture d'ensilage, comme fourrage vert et comme pâturage.

Le Dr Bittman explique que la culture intercalaire a mis du temps à susciter l'intérêt des producteurs canadiens. Des producteurs du nord-ouest américain ont vu les essais de culture intercalaire en Colombie-Britannique et ont adopté cette pratique sans tarder. Il faut savoir que les producteurs américains avaient accès à un herbicide efficace contre le pied-de-coq qui poussait avec le ray-grass d'Italie. Le Canada possède maintenant un herbicide homologué pour lutter contre les mauvaises herbes sans endommager le fourrage.

L'autre raison qui explique l'adoption rapide de cette méthode par les États-Unis est l'intérêt manifesté par au moins une entreprise dans les services à forfait d'ensemencement de ray-grass d'Italie sous couvert de maïs. « Pour les producteurs du nord de l'État de Washington et de l'Oregon, le fait de pouvoir embaucher une personne pour l'ensemencement a fait une énorme différence, affirme le Dr Bittman. Ici, les producteurs sont outillés pour la culture en rangs, mais ils n'ont pas tous accès à l'équipement d'ensemencement des céréales. »

Les visites organisées pour démontrer le succès de la culture intercalaire ont suscité beaucoup d'intérêt chez les producteurs de la Colombie-Britannique. « Un producteur du sud de l'Île de Vancouver pratiquant la culture intercalaire depuis plusieurs années obtient des rendements exceptionnels. Cette année, au début d'avril, il avait récolté la moitié de sa production », souligne le Dr Bittman.

« Cette culture s'avère être un excellent fourrage, ajoute-t-il. De plus, les graminées contribuent grandement à réduire l'impact des surplus d'azote sur l'environnement. »