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L'épandage en bandes du lisier s'avère utile dans la production fourragère

Les producteurs de la Colombie-Britannique disposent d'une méthode améliorée de manutention du fumier

Grâce à la recherche en cours en Colombie-Britannique, les agriculteurs possèdent dorénavant le savoir-faire qui leur permet d'appliquer du fumier aux cultures fourragères à des taux plus élevés, et ce, de façon économique et respectueuse de l'environnement, selon un chercheur émérite d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC).

Selon M. Shabtai Bittman, spécialiste des systèmes culturaux du Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique d'AAC, à Agassiz, de multiples applications de fumier, pendant la longue saison de croissance des basses-terres continentales, permettent de produire d'excellentes récoltes fourragères sans entraÓner d'effets négatifs sur les plans social et environnemental.

« Les travaux que nous menons depuis le début des années 1990 comportent plusieurs étapes de résolution de problèmes », a déclaré M. Bittman. « Nous aurons bientôt mis en place un système pratique, économique et durable à l'intention des producteurs. » Le projet de recherche, coordonné par la Pacific Field Corn Association, est subventionné en partie par le Programme d'atténuation des gaz à effet de serre pour l'agriculture canadienne, qui est un programme fédéral.

Recherche de précision

Les recherches de M. Bittman visent à mettre au point un outil d'application du fumier en bandes étroites directement à la surface du sol, qui perturbe le moins possible le sol. L'instrument d'aération du sol augmente le contact entre le fumier et le sol; il améliore ainsi l'infiltration du lisier, réduit les odeurs et optimise l'utilisation de l'azote. Le système d'application fonctionne bien pour l'azote, mais la prochaine étape consistera à mieux gérer la charge d'éléments nutritifs de manière à réduire la quantité de phosphore qui est appliquée.

Le défi était de mettre au point un système utilisant des volumes relativement élevés de lisier de porc et de bovin laitier comme sources primaires d'éléments nutritifs pour les champs de foin et les pâturages, tout en réduisant les odeurs et en atténuant les effets négatifs sur l'environnement.

« Il faut d'abord rendre cet outil économique et pratique », a déclaré M. Bittman. « Utiliser le fumier de façon efficace doit être un choix logique pour les producteurs. »

Si l'on utilise davantage le fumier comme source d'éléments nutritifs pour les cultures, on devra également atténuer le plus possible les répercussions de cette application sur l'environnement. Si des volumes élevés de fumier sont appliqués par temps pluvieux, il y a risque de lessivage des éléments nutritifs excédentaires ou de perte d'azote dans l'atmosphère par dénitrification ou volatilisation. La dénitrification libère l'oxyde nitreux tandis que la volatilisation libère l'ammoniac dans l'atmosphère. Ces deux gaz contribuent aux émissions de gaz à effet de serre directement et indirectement.

Système essentiel pour la Colombie-Britannique

Les producteurs de la région côtière du sud de la Colombie-Britannique doivent absolument utiliser le fumier de façon plus efficace, car ils pratiquent une agriculture intensive - bovins laitiers, porcs, volaille et, dans une moindre mesure, bovins de boucherie - qui produit des volumes élevés de fumier, lequel doit être utilisé sur une superficie limitée.

« Selon les normes canadiennes et les normes internationales, les basses-terres continentales renferment une forte densité d'exploitations agricoles et partant, un grand volume de fumier », a déclaré M. Bittman. « La situation n'est assurément pas insurmontable, mais il faut la gérer. Nous devons trouver des façons d'utiliser le plus efficacement possible le fumier, tout en atténuant au maximum ses effets négatifs sur l'environnement. »

L'une des options consiste à élaborer un système pratique qui utilise davantage le lisier dans la production de fourrages. En général, le fumier est davantage utilisé sur les terres cultivées annuellement comme celles consacrées au maïs, par exemple. Il est habituellement appliqué au printemps et incorporé en travaillant le sol avant l'ensemencement. Les producteurs appliquent moins de fumier sur les cultures fourragères pour plusieurs raisons. L'application de lisier à la volée à l'aide d'une citerne standard, équipé d'une plaque déflectrice, ne permet pas d'obtenir un résultat uniforme sur la culture fourragère. Cette méthode étouffe les cultures, cause des odeurs, augmente les pertes d'azote dans l'atmosphère, compacte le sol, endommage les peuplements de graminées et diminue la sapidité du fourrage.

L'équipement qui permet d'appliquer le lisier liquide sur les fourrages est un épandeur à pieds recourbés « sleighfoot ». Monté à l'arrière d'une citerne à lisier, le système a été mis au point en Hollande et présenté lors de démonstrations organisées en Colombie-Britannique il y a plusieurs années par le Dairy Producers' Conservation Group d'Abbotsford.

Le lisier contenu dans la citerne est distribué le long d'une rampe à l'arrière de la citerne. La rampe peut être de différente longueur. Une série de tuyaux, montés sur la rampe, sont dirigés sous le feuillage. Chaque tuyau se termine par un pied recourbé distribuant à la surface du sol une bande de fumier sous la culture et les résidus de surface.

Les tuyaux qui courent le long de la rampe de 20 à 30 pieds de longueur sont espacés en moyenne de neuf pouces (entre 8 et 12 pouces). Le système a été mis à l'essai à grande échelle en Colombie-Britannique il y a plusieurs années.

Amélioration considérable

Selon M. Bittman le système présente une amélioration considérable par rapport aux méthodes d'application par aéroaspersion, particulièrement pour les cultures fourragères. En effet, ce système permet d'épandre uniformément le lisier, de répartir également les éléments nutritifs dans la culture et de réduire considérablement les odeurs et les pertes d'ammoniac (jusqu'à 50 p. 100). Finalement, le système élargit considérablement la période d'épandage du lisier.

Il est possible et souhaitable, grâce à ce nouveau épandeur, de répéter les applications pendant la saison culturale, alors qu'avant une seule application de fumier était effectuée chaque année sur la terre cultivée, avant l'ensemencement. ¿ raison de six coupes de foin et ensilages par année, les producteurs peuvent faire de quatre à cinq applications de lisier, soit une après chaque coupe.

Pour accroÓtre l'apport en éléments nutritifs de la culture fourragère et réduire la perte d'azote, les chercheurs du Centre de recherches d'AAC à Agassiz ont combiné l'épandeur à un outil d'aération installé à l'arrière de la citerne à lisier. Les dents de l'aérateur brise la surface du sol, ce qui augmente le contact entre le lisier et le sol, nous apprend M. Bittman. L'aérateur, ou le Aerway SSD, maintenant commercialisé par Holland Equipment Ltd., élimine la nécessité d'appliquer un engrais commercial sur les cultures fourragères.

« La recherche montre que le système peut servir à des applications répétées pendant toute la saison culturale et qu'il pourrait idéalement fournir à la culture fourragère jusqu'à 550 kg d'azote par hectare », précise M. Bittman. « Il s'agit là d'une méthode durable qui répond aux besoins en éléments nutritifs des cultures tout en atténuant le risque de lessivage de l'azote dans le sol ou de perte d'azote dans l'atmosphère. »

La question du phosphore

L'autre problème à résoudre dans le casse-tête que constitue l'application de fumier est la charge en phosphore, selon M. Bittman. Le lisier de bovins laitiers et de porcs contient des proportions élevées de phosphore par rapport à l'azote de sorte que l'application de phosphore pourrait dépasser les besoins de la culture.

Étant donné que la majorité du phosphore est contenu dans les solides du fumier, la prochaine étape de la recherche consistera à examiner des façons économiques de séparer les substances liquides et solides. Entre autres options, on examinera les bassins de décantation, les séparateurs mécaniques de liquides et de solides et, même, la conception des planchers des étables, lesquels pourraient permettre de séparer les liquides des solides au point de production.

« Le type de système utilisé dépendra vraisemblablement de la taille de l'exploitation agricole », précise M. Bittman. « Mais si nous pouvons trouver une façon d'extraire de façon économique et pratique la substance liquide, qui renferme la majorité de l'azote, on pourra l'appliquer de façon sécuritaire sur les cultures fourragères. L'élément solide est plus facile à gérer par d'autres méthodes, comme le compostage. »

Le fumier séché est plus économique à transporter sur de grandes distances, si on veut l'appliquer sur de grandes superficies.

« Le système qui utilise le lisier sur les cultures fourragères donne aux producteurs davantage de possibilités d'améliorer leur utilisation du fumier », souligne Mme Sandra Traichel, coordonnatrice de l'Abbotsford Soil Conservation Association et coordonnatrice régionale du Programme d'atténuation des gaz à effet de serre pour l'agriculture canadienne, pour le sud de la Colombie-Britannique. « Cette stratégie pourrait être avantageuse pour la production de cultures. Elle pourrait permettre de diminuer les cošts des intrants et de réduire au minimum l'incidence sociale liée à la manutention du fumier, tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre produites par l'utilisation du fumier. »

De plus, si les producteurs peuvent appliquer davantage de fumier pendant la saison culturale, ils pourraient avoir vidé leurs entrepôts à fumier lorsque l'automne et l'hiver arrivent. Cela signifie que le système permettrait de réduire le volume d'entreposage de fumier dont ont besoin les exploitations agricoles.