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Le fumier composté fait bon ménage avec les cultures biologiques

Les partenaires des milieux urbains et ruraux s'unissent pour régler le problème de la gestion des « déchets »

Un projet de compostage particulier qui fait une utilisation efficace des réserves croissantes de fumier avicole et de déchets de jardin pourrait devenir une importante source de nutriments pour les producteurs de cultures biologiques des basses-terres continentales de la Colombie-Britannique.

Le projet, qui vise l'amélioration de la gestion des nutriments et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, compte au nombre de ses participants le Delta Farmer's Institute et la ville de Vancouver, de même que d'autres organismes subventionnaires. Des déchets de jardin compostés provenant de la ville sont incorporés au processus de compostage du fumier avicole. Le produit final, un compost mélangé, peut être utilisé par les producteurs biologiques qui produisent un large éventail de cultures horticoles. Le projet fait partie d'une série de projets de démonstration financés en partie par le Programme d'atténuation des gaz à effet de serre pour le secteur agricole canadien (PAGES) du gouvernement fédéral.

« Les travaux de recherche se poursuivent pour régler avec précision le processus de compostage et les taux d'application », explique M. Art Bomke, pédologue et professeur agrégé en agroécologie à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), à Vancouver. « Le système donne actuellement un bon produit, mais il peut être amélioré. » L'objectif global est de réduire au minimum les répercussions sociales et environnementales de l'élevage intensif de la volaille en Colombie-Britannique en prévenant une application trop importante de nutriments provenant du fumier tout en maintenant des systèmes durables de production végétale.

Combinaison de composts

Dans le cadre du projet de recherche lancé l'année dernière, des déchets de jardin compostés provenant de la ville de Vancouver sont incorporés au processus de compostage du fumier avicole. Environ 40 000 tonnes de déchets, y compris des tontes de gazon, des feuilles et des résidus d'émondage, sont transportés vers la décharge de la municipalité de Delta, broyés et par la suite compostés en andains. « Il s'agit d'un processus à faible technicité et les déchets contiennent beaucoup de matières ligneuses, de sorte que le processus est lent », explique M. Paul Henderson, qui travaille à la décharge de la ville.

Après environ un an, les matières - essentiellement compostées - sont transportées jusqu'aux fermes environnantes où elles servent de base sur laquelle on composte le fumier avicole en andains. « Les matières servent à établir une base de 30 centimètres de profondeur qui peut bloquer le lixiviat du compost de fumier avicole » explique M. Bomke, en faisant remarquer qu'une telle base est nécessaire en raison des précipitations importantes que l'on enregistre dans la région.

Le fumier avicole séché, qui provient des fermes de l'ensemble des basses-terres, est mis en andains et retourné au moins cinq fois au cours d'un mois pour compléter le processus de compostage. Pour qu'il sèche, l'andain est recouvert d'une couche de compost des déchets de jardin afin qu'il soit protégé des intempéries.

Le produit composté fini peut être utilisé par les producteurs de cultures biologiques, et d'autres, comme source de nutriments.

Une mise au point nécessaire

Même si les chercheurs connaissent le processus fondamental du compostage, une certaine mise au point est tout de même nécessaire.

L'un des aspects de cette mise au point consiste à accroître la quantité de carbone dans le compost. Le carbone, qui provient de sciure et de copeaux de bois ou de paille, si disponible, est un élément essentiel à la réussite du compostage. Une proportion adéquate de carbone et d'azote est requise pour que les microbes puissent digérer complètement tout l'azote ammoniacal, ce qui permettra alors d'avoir une forme d'azote stable dans le fumier. Si le processus n'est pas terminé, l'azote peut se perdre dans l'atmosphère.

Le fumier avicole constitue une source d'azote importante, mais il contient généralement peu de carbone aux fins du compostage, explique M. Bomke. Une grande partie de la litière de volaille provient d'exploitations de poulets à griller et de dindes, où les oiseaux sont élevés sur des copeaux de bois.

Dans le compost produit à partir de sources faibles en carbone, jusqu'à 50 % de l'azote est perdu sous forme d'ammoniac et environ 60 % du carbone sous forme de dioxyde de carbone, précise M. Bomke. Une plus grande quantité de carbone ferait en sorte que la plupart de ces composés pourraient être retenus dans le compost. La foresterie est bien sûr une industrie importante en C.-B., mais la demande de sous-produits du bois, notamment de copeaux de bois et de sciure, pour un large éventail d'utilisations n'a cessé de croître.

« Je crois que les facteurs économiques liés à la production du compost favorisent l'utilisation de fibres ligneuses comme source de carbone supplémentaire », indique M. Bomke. Il ajoute que la combinaison de fumier et de déchets de jardin produit un excellent compost. « Il s'agit d'un produit très uniforme pour ce qui est des nutriments, les niveaux d'azote et de phosphore dans le fumier ne fluctuant que de plus ou moins 10 %. Ce produit est presque aussi bon que les engrais chimiques. » Le compostage réduit également de 60 % le volume total de fumier, élimine les fortes odeurs associées à l'épandage de fumier brut et détruit la plupart des pathogènes du fumier.

Alors que le projet de compostage se poursuit en 2004, M. Bomke et le co-chercheur du projet, M. Wayne Temple, associé de recherche à la UBC, entameront des travaux de recherche sur les avantages de l'ajout de carbone et étudieront les taux optimaux d'application du compost. Le financement de ce projet est assuré par le UBC Agroecology Group, la Agriculture and Environment Partnerships Initiative, la Investment Agriculture Foundation, la ville de Vancouver, la Vancouver Foundation et le PAGES.

Pénurie de nutriments

La recherche de façons créatives de gérer le fumier du bétail est essentielle pour les producteurs de la Colombie-Britannique, affirme M. Bomke. Les exploitations laitières, avicoles et porcines importent presque tous les aliments pour animaux de l'extérieur de la C.-B., et une grande partie des nutriments dont on se sert pour produire des cultures dans les Prairies est exportée vers la région des basses-terres.

« Tous ces nutriments aboutissent ici », précise M. Bomke. « L'azote et le phosphore dont on se sert pour produire des cultures en Alberta et en Saskatchewan, par exemple, sont exportés dans les grains et excrétés dans le fumier de bétail ici. Par l'utilisation de compost et de fumier, nous recyclons les nutriments exportés des fermes des Prairies. »

Le problème est que l'agriculture des basses-terres produit plus de fumier que ne peuvent en utiliser les producteurs. « Nous avons tout un surplus de nutriments dans la région », explique encore M. Bomke. « Nous devons mettre au point des techniques durables pour utiliser ce qui peut être utilisé ici, puis exporter le reste. » Outre le compostage, d'autres techniques sont étudiées dont le brûlage du fumier, afin de produire de la chaleur pour l'industrie des cultures de serre, ou la construction d'installations cogénératrices de biogaz qui utilisent le méthane provenant du fumier pour produire de l'électricité.

Le fumier composté est une bonne source de nutriments, particulièrement pour les producteurs de cultures biologiques. Les températures élevées du fumier adéquatement composté tuent tous les pathogènes et autres éléments indésirables, ce qui fait du compost une source de nutriments adéquate, conforme aux normes internationales de certification biologique.

Dans la région de Delta, en C.-B., le fumier composté est utilisé dans la production de diverses cultures horticoles, notamment le maïs sucré, les haricots, les pois, les pommes de terre et le brocoli.

Pour de plus amples renseignements sur le PAGES, veuillez consulter le site Web du Conseil de conservation des sols Canada à www.soilcc.ca.