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Les producteurs du Nouveau-Brunswick découvrent la zone de culture sans travail du sol

La culture sans travail du sol : la volonté est là et il existe maintenant des méthodes de culture efficaces

Les agriculteurs du Nouveau-Brunswick n'abandonnent pas l'idée de la culture sans travail du sol. Bien que les projets expérimentaux de culture sans travail du sol effectués en 2003 ne démontrent pas tous les avantages de l'agriculture axée sur la conservation, de nouvelles parcelles d'essai voient le jour et de plus en plus de producteurs indépendants sont déterminés à faire en sorte que les méthodes agricoles de conservation et la culture sans travail du sol soient profitables cette année.

Selon les spécialistes, les agriculteurs sont plus enclins en 2004 à utiliser des semoirs à maïs sans travail du sol qu'ils ne l'étaient lors des semailles précédentes. L'an dernier, les deux semoirs que venait d'acquérir l'Association pour l'amélioration des sols et cultures du Nouveau-Brunswick n'ont été utilisés que pour quelques dizaines d'acres, tandis que ce printemps, divers agriculteurs les ont réservés pour ensemencer quelque 750 acres. Ces semoirs sont loués aux producteurs, et leur location est financée en partie par le Programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour le secteur canadien de l'agriculture. Ce programme finance des projets expérimentaux visant à sensibiliser les agriculteurs à la conservation du sol et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« De plus en plus d'agriculteurs envisagent la culture sans travail du sol », de dire Pat Toner, spécialiste de la gestion des sols au ministère de l'Agriculture, des Pêches et de l'Aquaculture à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. « Les producteurs devraient pouvoir cultiver, sans travail du sol, des variétés de plantes économiques à rendement élevé. Il suffit de trouver les bonnes conditions. »

« La dernière année a été difficile, peu importe le système qu'on utilisait. Nous avons connu un printemps très froid et très humide. De plus, ce n'était que la première année du projet. Nous pourrons mieux évaluer la culture sans travail du sol dans quelques années. »

Les champs expérimentaux

On a fait l'expérience de méthodes de culture sans travail du sol et de travail de conservation du sol dans sept champs du Nouveau-Brunswick l'an dernier. On y a cultivé du blé, du maïs à ensilage et de l'orge à ensilage. Des projets semblables seront réalisés en 2004, et il y aura au moins deux champs de plus où l'on évaluera les méthodes de culture de la pomme de terre qui favorisent la conservation du sol.

La culture sans travail du sol ou à travail réduit du sol peut comporter plusieurs avantages. Elle réduit les coûts des intrants agricoles et permet, si tout va bien, de maintenir le rendement et même de l'améliorer. Sur le plan environnemental, le risque d'érosion du sol se trouve diminué, la qualité du sol augmentée et les émissions de gaz à effet de serre réduites. Au fur et à mesure que la matière organique se décompose, le carbone contenu dans le sol est libéré dans l'atmosphère sous forme de dioxyde de carbone. La façon la plus efficace de limiter la décomposition est de réduire ou d'éliminer le travail du sol.

Corn planter

Un typique maïs planté sans travail du sol utilisé pour demonstrations en Nouveau-Brunswick. La photographe est avec l'aimable autorisation de Pat Toner.

Les projets menés au Nouveau-Brunswick évaluent trois systèmes différents. Selon la méthode de travail du sol classique, on laboure les champs en profondeur à l'automne, puis on crée une série de sillons à l'aide d'une herse à disques pour préparer le lit de semence. Le travail du sol classique comprend l'utilisation d'un chisel à perturbation réduite pour créer les premiers sillons avant d'effectuer le travail superficiel du sol. Selon le système de culture sans travail du sol, les semis sont plantés directement dans les résidus de culture au moyen d'un semoir à maïs sans travail du sol ou d'un semoir à céréales dans le chaume.

Des résultats variables

Des trois variétés de céréales cultivées, le maïs a produit les résultats les moins bons. Selon M. Toner, les coûts des intrants ont diminué pour la plupart des champs grâce à la culture sans travail du sol et au travail de conservation du sol, mais le rendement du maïs à ensilage a diminué lui aussi. La basse température du sol serait d'après lui l'un des principaux facteurs. « Les résidus de culture ont tout simplement empêché les sols lourds de se réchauffer et, compte tenu du froid et de l'humidité, la croissance des semis a été lente. »

La culture sans travail du sol de l'orge à ensilage a produit de bons résultats. Les avantages sont apparus clairement en particulier dans le champ où cette méthode est utilisée depuis dix ans. Le rendement de l'orge à ensilage cultivé sans travail du sol a été comparable au rendement moyen, à long terme, de l'orge cultivé selon les méthodes classiques. Cependant, la consommation de carburant a diminué énormément grâce au mode de travail de conservation du sol. Les besoins en carburant ont baissé d'environ 40 p. 100 grâce aux méthodes de travail de conservation du sol et d'environ 70 p. 100 grâce à la culture sans travail du sol.

Field, equipment

Une économies significatives de carburant ont été mesurées sous un ý long terme système d'agriculture de conservation. La photographe est avec l'aimable autorisation de Pat Toner.

M. Toner explique : « Les économies de carburant et de temps viennent de la réduction des opérations dans les champs et du fait que la machinerie consomme beaucoup moins de carburant dans un sol plus mou et plus arable. » Ces besoins moindres en carburant profitent eux aussi à l'environnement, puisqu'ils font diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Les projets de culture sans travail du sol mettent en évidence le fait que le rendement des cultures varie selon le type de sol et le degré d'exposition du champ. Le maïs à ensilage a produit un rendement inférieur dans le loam limoneux dur. Cependant, dans les sols sableux et le loam plus mou, graveleux et de texture moyenne, le rendement a été respectable. « Je pense que les roches ou la texture du sol permettent de mieux retenir la chaleur que les sols constitués d'argile lourde », affirme M.Toner.

L'option du travail du sol par zone

En 2004, on fera l'essai du travail du sol par zones ou par bandes, particulièrement dans les champs où les sols sont constitués d'argile lourde, afin de stimuler le réchauffement du sol. Ces champs ne seront pas labourés en profondeur; le travail du sol par zone dégage des bandes de résidus de la largeur d'une rangée de maïs. Cette méthode permet au sol exposé de se réchauffer avant les semailles, qui sont effectuées à l'aide d'un semoir classique ou sans travail du sol.

Un autre projet prévoit l'ensemencement direct de maïs dans des champs de chaume de luzerne, après que la luzerne a été éliminée au moyen d'un herbicide.

Les avantages de la culture sans travail du sol ou à travail réduit du sol, par opposition aux méthodes agricoles classiques, ne peuvent être mesurés en une seule année, selon M. Toner. Il faut de deux à quatre ans pour que les microbes présents dans le sol s'adaptent et atteignent un nouvel équilibre. L'augmentation de la matière organique dans le sol entraîne les deux avantages suivants : l'ameublissement du sol et l'infiltration de l'eau.

La culture sans travail du sol est une nouvelle technique pour la plupart des producteurs du Nouveau-Brunswick, affirme M. Toner. « Les agriculteurs s'intéressent aux méthodes agricoles qui favorisent la conservation, mais ils veulent avoir la conviction qu'elles fonctionnent et qu'il y a des outils à leur portée. L'objectif serait de réduire le coût des intrants tout en maintenant à tout le moins les rendements actuels. L'amélioration de la qualité du sol grâce aux méthodes de culture favorisant la conservation contribuera grandement à l'établissement d'un régime agricole durable. »